Recension d’articles de l’APDEN et du Café pédagogique
APDEN [Association des Professeur•e•s documentalistes de l’Education Nationale]
- Article du 26/02/2026 : « Selon les informations recueillies par l’A.P.D.E.N. depuis quelques semaines auprès de personnels en académie, plusieurs parcours de formation des futur·es professeur·es du second degré sont menacés, notamment en Documentation. »
- Les étudiant•e•s : « qui souhaitent intégrer la profession voient à nouveau la continuité de leur parcours fragilisée. Pour certain•e•s, la solution serait la poursuite d’études dans des villes plus éloignées, où le coût de la vie est sans commune mesure, dans un contexte où la précarité sociale estudiantine n’est plus à démontrer.
- « Mais la résistance des formateurs et formatrices des INSPE avec les organisations syndicales s’organise. »
- Voir la tribune de juin 2025 « co-signée par plus de 40 chercheuses et chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication Une formation ambitieuse pour la culture de l’information et des médias ! »
- Vous pouvez soutenir encore : contact@apden.org
- A la suite de cette tribune, à l’Assemblée nationale, le député toulousain de la LFI, Hadrien Clouet avait interrogé le ministre. Question écrite n° 9050. Réforme du CAPES : une réponse du Ministère sur le site de l’APDEN. Des extraits de la question du député :
- « L’objectif de la première épreuve d’admissibilité du nouveau CAPES documentation, selon la maquette, serait donc « d’apprécier la culture générale des candidats ». Ainsi, la maîtrise des SIC passerait au second plan, alors qu’elles constituent pourtant la discipline de référence et d’enseignement du métier. Qui envisagerait de faire passer à la trappe du CAPES de mathématiques l’arithmétique, la proportionnalité, la géométrie ?
- La seconde épreuve d’admissibilité ne fait même pas référence aux SIC, mais seulement au fonctionnement du système éducatif.
- Concernant les épreuves orales d’admission, pire encore, ni les connaissances en SIC, ni les démarches pédagogiques ne sont assurées d’être évaluées. »
- Réponse du Ministère avec commentaire de l’APDEN :
- « Le Ministère a répondu le 18 novembre 2025, en se voulant rassurant à ce sujet, dans une réponse positive mais qui toutefois reste peu engageante. Les craintes restent entières, et le faible nombre de postes ouverts aux concours ne permet pas d’assurer l’ambition ministérielle pour une quelconque pédagogie info-documentaire, le recrutement étant largement insuffisant pour le garantir. » Faible nombre de postes que l’APDEN et les syndicats dénoncent depuis toujours, alors que ce concours malgré sa difficulté depuis son rattachement aux SIC (Sciences de l’Information et de la Communication), reste très attractif.
Le Café pédagogique
- Le Café pédagogique du 4 mars 2026 titre aussi sur le sujet, en rappelant qu’il s’agit pour le ministère de « répondre à la crise de recrutement » dans toutes les disciplines, argument totalement inapproprié pour les profs docs :
- alors que la profession de prof doc est très attractive !!!
- « L’APDEN rappelle par ailleurs que ces fermetures sont d’autant moins justifiées que les établissements du second degré souffrent, depuis plusieurs années, d’une pénurie de professeur.es documentalistes en raison du nombre de postes insuffisant ouverts au concours. Sur le terrain actuellement, faute d’enseignant·es, ce sont des temps complets non pourvus, des temps partiels sans compléments de service, des solutions de remplacements insuffisantes voire inexistantes.
- Donc des CDI fermés ou des horaires d’ouverture à géométrie variable, et des « élèves [qui] bénéficient alors d’un moindre accès au livre et aux ressources ».
- Mais ce sont aussi des projets pédagogiques qui ne peuvent pas aboutir, des heures de formation à l’information-documentation qui ne sont pas effectuées… et de nombreuses tâches essentielles qui ne peuvent être effectuées. Car les « profs doc », ce sont des enseignant·es multitâches sur qui s’appuient bien souvent les établissements scolaires pour la gestion du Pass culture, du GAR, de la plate-forme Pix, de l’EMI… »
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- Tribune de juin 2025 « co-signée par plus de 40 chercheuses et chercheurs en Sciences de l’Information et de la Communication ci-dessous et sur le site de l’APDEN : Une formation ambitieuse pour la culture de l’information et des médias ! » Une formation pour tous les élèves, avec des professeur•e•s « multitâches »
- Vous pouvez soutenir encore : contact@apden.org
Une formation ambitieuse pour la culture de l’information et des médias !
- La nécessité de démocratiser une culture de l’information et des médias est aujourd’hui largement reconnue, notamment par des organisations internationales telles que l’UNESCO. Pourtant le Ministère de l’Éducation Nationale, tout en laissant circuler un projet de programmes d’éducation aux médias et à l’information du cycle 4 qui « s’organise autour du professeur documentaliste », décide en avril 2025 de faire reculer les Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) au sein du CAPES de Documentation, le seul concours d’enseignement s’appuyant sur ce champ d’étude. L’éducation aux médias et à l’information devenant une priorité, elle doit être ancrée sur les SIC et par le biais des professionnels de la documentation.
- Depuis les années 1970, la création de la 71ème section du Conseil national des universités (SIC), et la généralisation des CDI dans les établissements scolaires, ont permis des avancées conjointes. En 1989, le CAPES de Documentation est créé pour le recrutement des professeurs documentalistes, prenant en compte les besoins de formation des citoyens à l’ère de l’information et de la communication numériques. Les CDI sont alors compris non pas seulement comme des centres de ressources mettant des documents à disposition des élèves et de la communauté éducative, mais aussi comme des espaces d’apprentissages. Ces enseignants documentalistes s’investissent dans la transmission de connaissances et l’éducation autour d’un positionnement critique sur l’accélération et la complexité accrue des flux d’informations, diffusées par une hétérogénéité d’acteurs et sur une multitude de supports (médias traditionnels, réseaux sociaux, sites web…). Aujourd’hui, tout en affirmant son attachement au développement de l’esprit critique, le Ministère de l’Éducation Nationale fait le choix d’ignorer les besoins des élèves et de saboter une profession qui œuvre grâce à une expertise fondamentale nourrie par les SIC. La recherche dans ce domaine apporte, depuis plus de 50 ans, des clés pour comprendre et savoir trouver, évaluer, exploiter, communiquer, une information utilisable, fiable et pertinente. La construction de cette capacité à agir en autonomie et en connaissant les caractéristiques de l’environnement informationnel se pose aujourd’hui avec acuité, particulièrement avec le développement de problématiques d’inégalités des pratiques d’information, de stratégies politiques et idéologiques de désinformation et d’élaboration de vérités alternatives, dans le contexte de croissance des technologies d’information. Récemment, l’utilisation généralisée de l’intelligence artificielle générative a accru les besoins de compréhension du fonctionnement des systèmes d’information dans notre quotidien et rappelle la nécessité d’apprentissages spécifiques.
- Adoptées sans grande concertation avec le monde scientifique et les professionnels de terrain en avril 2025, la réforme du CAPES et les futures modalités de formation des professeurs documentalistes pourraient mettre en péril cet objectif sociétal fondamental. Cela suscite des inquiétudes dans la communauté des professionnels de l’information, et plus largement des acteurs de l’éducation, à plusieurs égards. Ainsi, l’objectif des nouvelles épreuves du concours se trouve désormais réduit à la vérification du niveau de culture générale et de connaissance du système éducatif et des droits et valeurs de la République. On s’éloigne donc de la vérification de la connaissance des savoirs scientifiques de référence chez les candidats, pourtant prévue pour les autres sections de CAPES (ainsi en mathématiques, en histoire géographie, etc.). Si ces compétences transversales sont indispensables à tout futur membre de la communauté enseignante, le recul des SIC dans les épreuves du CAPES de Documentation, à contre-courant des enjeux contemporains, nous inquiète. Les dispositions prises pour la formation des lauréats une fois le concours passé, centrées sur les pratiques de terrain situées en lien étroit avec l’affectation en stage, font également apparaître des craintes au sujet des conditions d’acquisition des qualifications nécessaires. Par ailleurs, le recrutement rétabli à un niveau Licence ne semble a priori pas pouvoir relancer l’attractivité de l’accès au concours et au métier d’enseignant documentaliste, pourtant intention première de cette réforme annoncée par le gouvernement. Au-delà, c’est toute la filière scientifique universitaire de la discipline Information-Communication qui serait affaiblie par cette réforme. En plus de l’ensemble des élèves des collèges et lycées, elle pourrait affecter l’enseignement supérieur et la recherche universitaire en SIC notamment autour des questions d’éducation, avec la recherche doctorale, les postes d’enseignants-chercheurs et de façon plus générale la formation de tous les enseignants et acteurs de l’EMI, du primaire au supérieur, dans le cadre la formation initiale comme continue.
- La construction d’une solide culture informationnelle et médiatique pour tous les jeunes, du primaire à l’université, est fondamentale. Elle appelle à un recrutement massif, au-delà du seul remplacement des postes actuels, et exige des professionnel·les enseignant·es dûment formé·es en SIC et en pédagogie. Il en va de l’avenir de tout un secteur professionnel lié à l’information et à la communication, qu’il serait scandaleux de délaisser tant les enjeux qu’il recouvre sont essentiels. Sachons être à la hauteur de cette exigence, et donnons aux professionnel·les, chercheur·euses et professeur·es documentalistes, les moyens d’atteindre cet objectif qu’ils et elles appellent de leurs vœux, d’asseoir les bases de leurs pratiques professionnelles sur des connaissances scientifiques et pédagogiques pointues, indispensables à l’enseignement, à travers une formation initiale rigoureuse, portée par un champ disciplinaire dynamique et ancré dans les évolutions en information-communication. En concertation, prenons le temps de revoir la copie, il n’est pas trop tard.
- Si vous souhaitez ajouter votre signature en soutien à cette tribune, merci de nous contacter sur contact@apden.org !
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Recension par Nadine Lanneau,
prof documentaliste du public retraitée
membre de La Riposte Education
