Une FICTION un récit de Raymond Millot dans « Bifurquer… » en 2024 qui a des liens avec l’été et la rentrée… de 2026

Publié par Raymond Millot le 11 juin 2024, en fin de son dernier livre « Bifurquer… Changer l’ordre millénaire » page 36 à 45.

Il écrit :

« La fiction ci-après vise à concrétiser l’idée d’une « mobilisation générale » face aux effets du réchauffement impliquant les enfants. Elle pèche par optimisme comme tous les projets qui imaginent une « transition » permettant la persistance des illusions cultivées dans l’ancien paradigme. Elle permet néanmoins d’imaginer comment la « pédagogie » du projet peut permettre un autre accès aux savoirs tout en générant d’attitudes collectives favorables à la « résilience »… 

L’avenir dont il est question ci-après est le fruit d’un miracle : en 2027 divers cataclysmes avaient prouvé qu’aucun retour en arrière n’est concevable. Les forces progressistes avaient enfin compris la nécessité de la « mobilisation générale » préconisée dès 2019 par Antonio Guterres ! La situation étant mûre, elles ont gagné l’élection. La société a lentement pris conscience à son tour que nous avions définitivement changé de paradigme et à partir de 2030 la mobilisation générale s’est peu à peu concrétisée. 

La mobilisation générale en Nouvelle Aquitaine 

Histoire de la mobilisation scolaire à Landiras relatée, (à partir d’avril 2030), par Louise Vallès (professeure retraitée) et Jules Michel (instituteur retraité) résidents dans la commune de Landiras. 

NDLR – Les circonstances de la mobilisation 

Le printemps 2030 a été radieux. Les feux de 2022 étaient oubliés sauf dans la famille de Bertrand, pompier volontaire qui y avait perdu la vie à 23 ans. Les préoccupations des habitants portent sur la montée de la mer. Bassin d’Arcachon méconnaissable, la dune du Pilat se dilue dans l’océan. L’altitude de la commune qui était de 13m (en 2023 selon Wikipédia) passe à 11m et l’on commence à s’inquiéter. Mais c’est un nouvel incendie de forêt qui, enfin, pousse les enseignants des deux écoles et du collège à se joindre à la « mobilisation générale » un peu partout en marche. 

C’est Iban Anton qui nous a fait part de l’effervescence dans le corps enseignant jusque-là bien peu impliqué dans la vie communale. 

Nous décidons de prendre des notes sur cet évènement que nous attendions sans pouvoir le provoquer… 

  • Mercredi 15 avril 

Une poignée d’instits et de profs un peu politisés improvisent une rencontre, assez suivie (selon Anton) et rédige un tract (premier élément de nos archives !) pour toucher chaque enseignant des deux écoles et du collège. On y lit ceci : 

« Cher.e collègue 

Nous sommes plusieurs à estimer que, face à ce nouveau feu, une mobilisation générale est nécessaire. Nous estimons que les enfants doivent y participer. Les actions à envisager peuvent alimenter et donner du sens à nos enseignements dans tous les domaines lecture, écrits, maths, sciences, expression artistique…Nous vous proposons : 

1. de poser aux élèves la question « qu’est-ce qu’on pourrait faire ? » 

2. d’examiner entre collègues les modalités de la mobilisation dans nos établissements respectifs 

3. de nous réunir dans la salle de conférence de la Mairie mercredi 21 avril à 14h » 

Nous nous sommes, Louise et moi, invités à cette réunion. Devant le succès de la rencontre, nous nous sommes proposés au collectif constitué, pour consigner toutes les étapes de la mobilisation projetée, ce qui a été accepté volontiers. 

Ce qui suit, nommé Journal de bord, relate les sujets discutés, les organisations mises en oeuvre, les difficultés rencontrées, les actions entreprises et les productions « scolaires » issues des actions, les réactions des parents des habitants, des quelques «activistes » politiques vivant dans la commune, et parfois nos propres commentaires (NDLR). 

Ecoles et collège de la commune de Landiras – Journal de bord de la « mobilisation générale »

  • 21 avril 2030 

La « mobilisation » est décidée. Le réalisme conduit les enseignants à considérer que le premier acte doit être de faire comprendre aux parents son intérêt pour les enfants. L’objectif semble accessible car depuis plusieurs années beaucoup s’inquiètent du désintérêt de leurs enfants pour le travail scolaire. Certains, il est vrai, tiennent encore à la préparation des diplômes considérés comme sésames de la réussite sociale… 

Une réunion est préparée et fixée au 1er mapour toucher le maximum de parents. 

  • 1er mai 2030 

Lors de cette réunion un instit de chacun des 3 cycles et deux profs du collège montrent, très concrètement, que n’importe laquelle des actions envisagées peut justifier des activités concernant l’écrit, les math et les sciences. 

Stéphanie souligne que ces matières ne sont pas enseignées pour faire des mathématiciens et des savants mais pour former l’esprit scientifique…et qu’en même temps elles servent aussi à sélectionner ! Jean-René insiste sur le fait que l’utilité de ces apprentissages en devenant plus évidente, aura ainsi plus de chance de rester dans les mémoires. L’intervention décisive a été celle d’un des deux profs du collège, Bertrand Schwartz, arrivé l’année dernière, très connu par son histoire singulière (prof de sciences agrégé, il a quitté son prestigieux lycée parisien pour suivre son amoureuse prof de lettre au collège de Landiras). Il a expliqué que le rôle du collège devrait être avant tout de cultiver la curiosité, le raisonnement, la mémoire, de donner des méthodes de travail, et donc de munir des qualités nécessaires pour permettre d’aborder sérieusement au Lycée les savoirs à transmettre… Il a même invité les parents à examiner ce qui reste des rudiments de savoir prévus par les programmes du collège… et des dégoûts parfois contractés. 

NDLR. Les évènements climatiques qui se succèdent et les alertes répétées du GIEC et des scientifiques de tous ordres, travaillaient les esprits depuis plus de 10 ans. Ce passage à l’acte, proposé par les enseignants, a peut-être donné aux parents le sentiment qu’ils pouvaient ainsi, indirectement, de sortir de leur pratique naturelle de la « procrastination »Pour rapporter la suite, ce qui s’est passé dans chaque établissement, nous avons dû aller à la pêche aux informations… 

  • 3 Mai 2030 

Annie nous a raconté que la veille, dans son CM1 les enfants étaient excités. Certains parents avaient parlé de la réunion et les questions ont fusé. « Est-ce qu’on va aller aider les pompiers ? » « On fera plus de dictée ? » « Y aura encore des récrés ? ». Elle leur a d’abord posé la question « que savez-vous du réchauffement climatique ? » et constaté que beaucoup avaient entendu les adultes s’en inquiéter. Elle leur a expliqué que tout le monde doit essayer de faire quelque chose pour faire face à ses effets dangereux. Que nous, ici, allons devoir empêcher les incendies. 

Elle leur a demandé s’ils savaient ce qui se passe dans le Nord de la France ou dans les Alpes. Certains ont cité les inondations, la fonte des glaciers, de « la Mer de glace »… La matinée a été très agitée et la récréation a duré longtemps car avec ses collègues elle a échangé sur ce qui s’est passé dans les classes. Elle les a convaincus qu’il fallait organiser des débats pour recueillir les idées des enfants sur les actions possibles, selon eux, et pour en tirer profit. 

L’après- midi elle a organisé elle-même des groupes de 3 élèves en leur donnant des consignes pour que chacun réfléchisse et s’exprime et que chaque petit groupe prenne note des idées intéressantes.

Ses élèves avaient déjà pratiqué ce système et la mise en commun a permis de récuser les idées farfelues et de discuter du bien-fondé des autres. Annie a, à son tour, informé les enfants que les profs allaient, eux aussi, examiner le problème, tenir compte de leurs idées et s’informer sur les enseignements tirés des incendies de 2022. 

  • 10 mai 2030 

Nous avons eu l’occasion d’interroger Bertrand Schwartz. Nous nous doutions que cette mobilisation le faisait saliver ! Ses collègues, selon lui pour se rassurer, lui avaient demandé de rassembler toutes les données scientifiques concernant les actions en cours, ou envisageables, pour avoir matière à enseigner…construire un « programme ». Bertrand les a invités à réfléchir à la mise en oeuvre de « l’interdisciplinarité » qui allait s’imposer. Quelques-un.es d’entre eux, bien qu’enfermés dans leur discipline, avaient lu Edgar Morin et s’étaient dits heureux de pouvoir enfin faire réfléchir les enfants sur la complexité des faits sociaux et des réalités matérielles. L’idée de « mobilisation générale » dont ils n’avaient pas eu connaissance en 2019, semblait libérer leur imagination et réveiller leur enthousiasme pédagogique… Bertrand a évoqué sa collègue Stéphanie,une prof de lettres particulièrement attentive aux attitudes des enfants et qui constatait à la fois la disponibilité et les attitudes de fuite devant les perspectives d’avenir effrayantes… 

Selon lui, cette « mobilisation générale » allait à la fois libérer l’intelligence de ses collègues jusqu’ici enfermés dans des programmes, soumis à l’obsession des évaluations, et soumis sans révolte au projet de sélection et à la reproduction sociale décrite par Bourdieu et Passeron.

Nous n’avons pas eu le temps de le brancher sur l’idée de développement du potentiel individuel des élèves et le risque de la voir encore négligée sous la pression des nouveaux impératifs… Le courant passe bien avec lui ce qui explique qu’il nous a confié, à la fin de notre entretien, qu’il avait sollicité des amis au ministère de l’écologie et qu’il avait récemment contacté une entreprise, établie dans le bassin d’Arcachon, qui travaille sur les alternatives aux plantations de pins maritimes exploitées depuis la fin du XVIIIe siècle… Plantations qui illustrent le productivisme dans toute sa splendeur !

  • 12 mai 2030 

Nadine, la professeure documentaliste du collège, était comme nous, observatrice des changements actuellement projetés. Elle nous a raconté qu’au collège et dans les écoles, il a fallu prévenir les enfants que ces changements radicaux ne seraient mis en oeuvre qu’à la rentrée de l’année scolaire prochaine et que les enseignants allaient devoir consacrer la fin mai, juin, et une partie des vacances à l’organisation de la mobilisation. Elle nous a signalé un fait majeur : la Fédération des Parents (FCPE) a déjà entrepris d’explorer certains aspects du projet concernant l’encadrement des enfants qui allaient cesser d’être en permanence sous la responsabilité des enseignants. Les parents ont aussi examiné le problème des assurances couvrant les enfants et les parents volontaires. 

Elle a par ailleurs rencontré les secrétaires des deux principaux syndicats ouvriers. Ils sont intéressés par la valorisation du travail manuel dans l’esprit des enfants…et ils ont même commencé à examiner le changement de statut des travailleurs. Ceux-ci vont en effet devoir veiller à la sécurité des enfants, imaginer la participation des enfants, et comprendre qu’ils vont, d’une certaine manière, devenir des transmetteurs de savoirs … La fameuse « société éducatrice » envisagée et amorcée à la Villeneuve de Grenoble de 1972 à 2000 (elle a réussi à se procurer un exemplaire d« Ecole ouverte-recherche action-société éducatrice » (éd.AFL).

  • 15 mai 2030 

Visite de la psychologue Jenny Filiâtre qui enrage de ne pas être à temps plein sur Landiras pour pouvoir observer le changement de statut des enfants et ses effets sur leur moral et leurs comportements. Elle va s’efforcer d’obtenir un statut expérimental pour y travailler à temps plein. 

  • 30 mai 2030 

Bertrand Schwartz est passé nous voir. Il avait rendu compte de notre précédent entretien à sa compagne, Alice, qui a apprécié notre intention de consigner cette aventure historique et offert ses services pour la réalisation d’une série de vidéos dès que l’action prendra forme. 

Il nous a fait part de son contact avec une entreprise d’Arcachon, en fait une antenne du ministère de l’écologie nommée 3A (Alternative Agricole Arcachon) que le projet de Landiras intéresse particulièrement, du fait qu’un secteur incendié en 2022 est resté à l’abandon dont elle pourrait faire le choix pour mener ses recherches. 

Il nous a aussi parlé de l’Institut Régional de l’Emancipation et de l’Education (IREE) récemment constitué à Toulouse et mis au service des initiatives comparables à celle de Landiras, qui se multiplient en Aquitaine, notamment dans les régions viticoles. L’information n’était pas parvenue jusque dans notre village et nous avait échappé malgré notre vigilance ! 

Cet institut relié à un Institut National (INEE) a accès à l’Intelligence Artificielle et va pouvoir nous fournir une masse d’informations utiles à l’élaboration des projets pédagogiques, notamment ceux du collège. 

  • Fin mai 2030 

La fièvre qui avait saisi les enfants s’est apaisée. (Les enseignants voulaient finir l’année « dans le calme » !). Toutes les classes ont néanmoins entrepris de recueillir des informations – sur l’incendie de 2022 et sur la mobilisation des pompiers face à celui menaçant de reprendre – sur les travaux engagés – sur les questions débattues concernant l’avenir, ce qui a entretenu l’idée qu’à la rentrée de septembre, beaucoup de choses vont changer… 

Réunion publique organisée par la Mairie qui considère que toute la population doit connaître les informations déjà fournies par l’Intelligence Artificielle à l’IREE de Toulouse, notamment celles qui concernent les alternatives aux plantations de pin maritime… Presque tous les enseignants sont présents. Ils ont entrevu l’incroyable ampleur des savoirs à explorer et décidé de se réunir cycle par cycle, pour examiner comment les exploiter. Leur mobilisation semble s’intensifier …. 

Alice accepte de trier ces informations et d’établir un tableau de toutes celles exploitables pour que les enseignant.es de chaque cycle puissent imaginer eux-mêmes les objectifs pédagogiques autrefois prescrits par les Instructions Officielles…

  • 6 juin 2030 

Selon Annie et Stéphanie, venues ensemble nous informer, ce sont les problèmes d’organisation qui préoccupent, à tous les niveaux. 

Pour les 5/8 ans le problème est assez simple : il s’agit de multiplier les sorties exploratoires permettant de percevoir les problèmes en cours, les actions des professionnels, d’observer de loin le travail des pompiers et des bûcherons, des forestiers et techniciens puis, de retour en classe, en faire la description écrite, graphique, photographique, à l’intention des parents via des journaux à créer. 

Pour les autres niveaux, il s’agit de participer, en particulier aux travaux de l’entreprise de l’entreprise arcachonnaise «3A», d’établir des tableaux permettant l’alternance des temps d’action (pour l’instant imaginés) et des temps d’exploitation pédagogique, de recruter les parents disponibles pour les encadrements, de créer des temps de fête, de production artistique , d’expositions pour ne pas enfermer les enfants dans le seul projet matériel de lutte contre les effets du réchauffement et ne pas alimenter la peur de l’avenir déjà implantée dans les esprits. 

  • 9 juin 2030 

Stéphanie qui avait jusqu’ici développé des expériences en solitaire, et en avait souffert, nous fait savoir qu’elle a convaincu ses collègues de déclarer le premier mois de la rentrée « expérimental » et de prévoir un week-end pour faire le point et adopter si nécessaire une nouvelle organisation. Annie s’est engagée à faire adopter cette mesure par les instits…  

De fait à la fin juin, la décision d’avancer la rentrée des enseignants 10 jours avant la date officielle a été retenue sans difficulté… d’autant plus que le feu couve encore. 

  • 28 juin 2030 

Visite de Jean Hiriburu capitaine des pompiers qui a pu relâcher une heure sa propre mobilisation. Il est venu s’informer sur la mobilisation des enfants et des adolescents dont il se réjouit. Nous avons pu, Louise et moi, lui en décrire les grandes lignes et l’informer que ce journal de bord sera mis en forme par Alice et qu’il sera envoyé par mail à tous les pompiers, à la FCPE, aux élus municipaux et à l’IREE. 

Début des « grandes vacances » 

NDLR. Pour les enseignants les « grandes » vacances vont être particulières. Des groupes se sont donné rendez-vous pour travailler les questions qui se posent. Louise a proposé d’aménager une dépendance dans son jardin pour mettre à disposition deux pièces : l’une abritant une permanence que nous assurerons durant les vacances, l’autre qui permettra d’accumuler les informations consultables, d’avoir accès à un planning permanent que Bertrand s’est proposé d’établir. 

Nous reprendrons à la rentrée la tenue de ce journal de bord….Tout en recueillant des informations sur les réunions projetées pendant les vacances. Dans la perspective d’une publication, nous nous proposons de rassembler quelques faits éclairant le processus en cours : 

Raymond Millot

11 juin 2024

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NOTES

« Mobilisation générale » : voir l’article de Raymond Millot et du Collectif Education bien commun en 2023 ici

« Les effets du réchauffement climatique se manifestent plus vite et plus gravement que prévu. Les journalistes et les politiciens en sont informés mais, allant au plus pressé, ils mettent presque systématiquement cette perspective entre parenthèses.

  • Contrairement à eux, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’en inquiète au point d’appeler à la 

«mobilisation générale».

  • Dans le champ de l’éducation, notre collectif (1) s’est « mobilisé » dès 2020, en lançant un premier appel « Une éducation pour faire face au « jour d’après » dans le sillage de l’appel de 18 organisations sur le thème « Plus jamais ça ! Préparons le jour d’après ! » (l’éditorial du Monde du 5 -12- 23 porte sur son 4ème objectif « l’éducation, bien commun indépendant du pouvoir politique » !).
  • Voir dans notre site ce premier appel de notre Collectif en 2020 sur cette page : L’APPEL de 2020
    • « 2020 : «  L’objectif de cet Appel constitue la raison d’être de ce site ». Premier appel, voir les signataires ci-dessous.

« UNE EDUCATION POUR FAIRE FACE AU JOUR D’APRES »

« Le Jour d’après, c’est celui que prévoyait le Manifeste de 2017, signé par15364 scientifiques de 184 payset qui se terminait ainsi : « Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde. Il sera bientôt trop tard. ».