Le système vu par ceux qui le subissent : des lycéens parlent… déjà en 2016 et… bien avant… quand on leur laisse la parole…

Cela s’est passé en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers dans les années 2000. Nous reprenons ici ce texte de Raymond Millot, publié en 2016. Il était déjà d’une immense urgence. A partager…

« Pédagogues et « républicains » s’écharpent pour le bien des enfants. Ceux-ci n’ont pas les moyens d’exprimer leur point de vue. Certains d’entre eux devenus jeunes adultes au Lycée Le Corbusier d’Aubervilliers (93) ont pu le faire d’une manière décisive au cours d’une table ronde en 2016… Passionnant…

En Seine Saint-Denis, dans le sulfureux « 9-3 »!

Une table ronde organisée par le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) à propos de « la réussite scolaire » donne l’occasion exceptionnelle, au moyen d’une passionnante vidéo, de découvrir le fonctionnement et la pédagogie du lycée Le Corbusier d’Aubervilliers.

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Les élèves ont enfin la parole !

 La parole est tout d’abord longuement donnée à une dizaine d’élèves de « l’atelier culturel » qui se sont réparti les interventions autour de trois thèmes : « l’importance de la pression subie par les élèves et les profs, l’importance de la culture, l’importance du plaisir ».

Puis c’est le proviseur. Puis deux profs. Puis une responsable du « Théâtre de la Commune ».

Témoignage capital pour trancher dans le procès fait aux « pédagogues » par les « républicains ».

 Déjà, dans son ouvrage  « L’école des réac-publicains »  Grégory Chambat montre d’une manière très documentée ce qui se cache, et ceux qui s’affichent aujourd’hui sans vergogne dans ce procès, comme les défenseurs de la République, les champions de la transmission des savoirs et du grand Récit national indispensable à la formation des futurs citoyens, les chantres des vertus « de l’ennui et du silence » (c.f. Finkielkraut et Redeker dans un récent débat avec Meirieu).

A savoir, le bien fondé d’un système constitué de dominants et de dominés.

Dans l’affrontement entre les tenants de l’école de Jules Ferry et ceux de l’école ouverte sur la vie, sur les réalités du monde (de différentes obédiences ICEM, GFEN, AFL, etc…), tout le monde parle au nom de l’enfant. Les satisfaits de l’ordre existant célèbrent l’effort pour l’effort et la nécessaire adaptation à un monde de compétition, les autres justifient leurs convictions, et ce n’est pas mince, par le fait que les enfants viennent dans leurs écoles avec plaisir, trouvent de l’intérêt dans ce qu’ils apprennent et ne connaissent aucune discrimination. Mais les  enfants, principaux intéressés, n’ont pas les moyens, ni l’objectivité, pour dire ce qui est réellement bien pour eux.

Le témoignage des Le Corbusier est ici décisif. Les  enfants sont devenus de jeunes adultes et n’ont plus besoin qu’on parle pour eux. Ce qu’ils disent est déterminant.

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Ce qu’ils dénoncent…

Ils dénoncent ( ce qu’ils ont connu) «  l’école lieu de souffrance », « la compétition malsaine pour la meilleure note (de la classe) au détriment du savoir», la pression qui s’exerce sur eux, celle de  l’institution avec ses notes ses classements, ses évaluations formelles, ses effectifs, ses horaires, celle des parents par conformisme (la sacralité de l’école, même quand ils en ont été les perdants) ou par  réalisme  (le monde est dur, il faut qu’ils s’y préparent) et dont « les notes sont les seuls critères ».

Ils vont même jusqu’à établir un lien entre cette école et le monde néolibéral (et n’allez pas leur dire que ce sont leurs profs qui les formatent !)

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Ils savent expliquer ce qu’ils vivent aujourd’hui

et tout ce que leur apportent…

« la solidarité, l’entraide, le travail en groupe et la mutualisation qui permet de combler les lacunes avec  les points forts des autres », ils savent « qu’il faut défaire la représentation qu’ont les parents de l’école et leur montrer que la qualité de l’apprentissage est plus important ». Ils dénoncent encore « la pression sur les profs qui doivent finir le programme et ne donnent pas le temps de comprendre, et sur l’élève qui doit restituer ses connaissances sans même les comprendre ».

Ils saluent « la pédagogie de l’écoute et du dialogue pour connaître les élèves » et tel prof allant jusqu’à  « fournir son adresse mail pour connaître leurs difficultés ». Ils savent les inconvénients des effectifs chargés et remercient « le proviseur qui a instauré de nombreuses classes à effectifs réduits ».

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La culture pour tous, vraiment ?

S’agissant de « la culture pour tous», ils constatent que « les élèves issus de l’immigration ne connaissent pas leur culture, les mythes structurant leur culture d’origine, que les parents ne sont pas en mesure de transmettre ». Ils doivent « savoir d’où ils viennent que seule l’école peut leur enseigner objectivement » et ce dès « la maternelle avec des jeux éducatifs, des histoires ». Au collège et au lycée « une matière portant sur les cultures et les civilisations…il faudrait des moments d’échanges entre élèves  et utiliser le théâtre, la littérature et même la nourriture »,  « créer un site internet  où parents élèves et profs pourraient partager les histoires, les mythes » et ils insistent «pas les religions, les cultures ! »

Précision : on est frappé par les « couleurs » des élèves (et une réelle mixité)  qui se sont réparti la parole : noirs, basanés,  asiatiques et (?). Une prof (de philo) intervient pour dire que « les trois monothéismes ne concernent qu’un secteur du monde et ne concernent dans ce lycée que la moitié des élèves, pour les autres (il peut s’agir) de polythéisme, de culte des ancêtres, de vaudou. En revanche  les mythes de leur culture d’origine permettent à tous de parler, alors qu’enseigner le fait religieux, c’est s’adresser à la moitié des élèves ». Un nouvel élève enchaîne : « je me suis pour la première fois adressé à ma mère (sur les mythes) et ça a été un formidable moment de partage ». Puis une autre « ça nous a permis de nous enrichir mutuellement, de découvrir nos racines, des histoires inconnues » et une dernière ajoute «  et de retrouver notre identité ».

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Il s’agit enfin de parler du plaisir à l’école

Un élève revient sur « cette école néo libérale qui broie les plus faibles, accentue les écarts, repose sur la compétition, (se préoccupe de produire) des individus performants et productifs. La peur de l’échec renforcée par l’évaluation réduite à la notation, installe la concurrence, classe les élèves, les rend individualistes et insensibles à l’échec des autres.  Dans ce contexte, penser à la réussite à l’école conduit à poser les questions : L’égalité est-elle la condition nécessaire à la liberté ? La fraternité peut-elle nous unir ? L’école fabrique-telle de la passivité ? Le droit au plaisir peut-il être perçu comme émancipateur ? Comment concilier les valeurs républicaines et la recherche jubilatoire du savoir ? »

Une autre poursuit : «réussir à construire son avenir semble toujours supposer de travailler dans la souffrance. Une condition de la réussite de tous (c’est) une école du plaisir d’apprendre, du travail en commun, (où) on a envie, on a du plaisir et de l’intérêt (…) Le plaisir ne rejette pas la notion d’effort. Le savoir par et pour lui-même doit être le projet des élèves et des profs ».

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La pédagogie du projet

La même élève aborde un sujet majeur (et souvent caricaturé) des « pédagogues » : la pédagogie du projet.  Elle voit « une solution : des projets culturels facultatifs où chacun serait considéré en fonction de ses qualités propres, sans être noté, classé, mis en compétition, où chacun est à l’égalité des autres, libre de s’investir, où tous partagent et échangent pour participer à l’œuvre commune ».

Au cours de cette présentation vivante, où l’on voit que les inégalités dans l’expression n’empêchent pas la participation de chacun-e, il est évoqué l’intérêt du travail centré sur  différents grands projets (Thélème, Atome…). On ne peut malheureusement qu’imaginer le travail inter-disciplinaire qu’ils supposent. On aurait aimé en savoir plus…

L’équipe (ce n’est pas ici un vain mot),  l’équipe des profs, proviseur compris,  a dû jongler avec les emplois du temps, les effectifs, les programmes, les horaires, le bénévolat (fatigue et joie), pour travailler sur ces projets et pour, en définitive clore le bec des « réac-publicains » puisque cette pédagogie a permis à ce lycée ( du 9-3 !) de passer de 65% à 90% de réussite au bac !

Le lecteur pourra vérifier ces citations et écouter les interventions remarquables du proviseur, des profs, de la directrice du Théâtre de la Commune « table ronde » de février 2015. Dans la vidéo, les élèves parlent à 37.07.

Merci au CESE ! Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée constitutionnelle française composée de représentants sociaux. »

Publication de Raymond Millot retrouvée dans le site Education bien commun 

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Interrogeons l’IA dans le moteur de recherche GOOGLE :

L’expression « Le système vu par ceux qui le subissent » est issue d’une démarche d’enquête sociologique participative menée au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, dont les prémices et le travail de terrain ont débuté dans les années 2000.

« Aubervilliers : des lycéens fiers, intégrés et ambitieux… c’est la sociologie qui le prouve ! Jeunesse issue de l’immigration ou des immigrations ? Pour savoir à quoi ressemble la jeunesse qui vit en banlieue parisienne en 2018, approcher ses rêves et son rapport à la France, on pouvait s’arrêter quelques heures à Aubervilliers samedi. » Sur le site du Parisien.

Le projet et sa méthodologie

Ce projet est né de la collaboration entre des lycéens d’Aubervilliers et des chercheurs en sociologie(notamment du monde universitaire et du CNRS). Face aux discours médiatiques ou politiques extérieurs qui qualifiaient souvent la jeunesse de Seine-Saint-Denis à travers des prismes déformants, l’objectif était de donner directement la parole aux élèves. 

  • Une enquête par les pairs : Les lycéens ont été formés aux méthodes des sciences sociales afin de concevoir et de distribuer un questionnaire de grande ampleur au sein de leur propre établissement.
  • Un échantillon massif : L’étude a recueilli les réponses et les témoignages de près de 800 élèves du lycée Le Corbusier. 

Ce que révèle l’enquête

Publiée plus tard après le traitement des données (notamment en 2018), cette étude scientifique est venue bousculer les clichés :

  • Un fort attachement à l’école : Contrairement à l’image de décrochage souvent véhiculée, les résultats ont montré des lycéens majoritairement fiers de leur établissement, intégrés et dotés d’une grande ambition scolaire. [1]
  • Le sentiment d’injustice face aux structures : Le terme « subissent » fait référence aux défaillances structurelles de l’institution (inégalités de moyens, locaux dégradés, sentiment de stigmatisation territoriale) que les élèves identifient très lucidement, tout en maintenant un désir profond de réussite sociale par les études. [1, 2]

Cette initiative a marqué un tournant dans la sociologie urbaine et scolaire en démontrant la capacité des jeunes de banlieue à analyser scientifiquement leurs propres conditions de vie et d’apprentissage.


D’autres réponses de l’IA sur le moteur de recherche GOOGLE :

L’instituteur et militant de l’éducation émancipatrice Raymond Millot a en effet consacré un article majeur à cette expérience. Initialement rédigé en 2016, son texte intitulé « Le système vu par ceux qui le subissent : des lycéens parlent… » a été re-publié et mis en avant à plusieurs reprises sur le site Education bien commun.

Dans cette analyse, Raymond Millot utilise l’enquête d’Aubervilliers pour porter une critique radicale de l’institution scolaire traditionnelle : Sur le site de Questions de Classe.

  • L’éducation est « un bien commun qui, en tant que tel ne doit pas dépendre d’un quelconque pouvoir politique ou économique, mais faire l’objet d’une construction collective évolutive élaborée démocratiquement ». Nécessités d’autant plus urgentes, que « demain les enfants vont devoir vivre dans un monde où la solidarité, la coopération, la mobilisation de toutes les formes d’intelligence seront indispensables pour faire face pour résister, pour trouver des solutions… »
  • Le texte de Raymond Millot dépoussière, et c’est tant mieux, tous les discours tendant à une éducation ou une école de la République restée bloquée, momifiée sur les préceptes de Jules Ferry. Il éclaire sa réflexion avec les nécessaires actions à mettre en place (des recherches-action) avec tous les partenaires locaux, en évoquant l’expérience de Grenoble1
  • Chaque professionnel est un chercheur avant tout, et non un agent réifié (ou auto-réifié) par des méthodes de lecture imposée ou par l’obligation de « classer » les élèves de maternelles, entre-autres. La recherche-action permet donc et comme son nom l’indique, de chercher une réponse à une question soulevée à l’endroit même où elle se pose. Elle devient collaborative quand quand elle est posée à un collectif qui tente d’y répondre collectivement et doit être l’outil majeur de notre travail.
  • Le livre de Raymond Millot est un outil bien indispensable pour penser ensemble une éducation émancipatrice à un moment précis de notre histoire, où beaucoup d’autres paradigmes ont et vont changer. Où il devient nécessaire de combattre la véritable idéologie qui vante le mérite et favorise (quasi-ouvertement) les inégalités devant le(s) savoir(s) tout en pratiquant une « lieutenantisation » des professionnels. Un manifeste pour penser vraiment et changer collectivement l’éducation. Raymond Millot propose et tente d’organiser la mise en place d’un Institut de l’éducation et de l’émancipation (IDEE) où l’émancipation serait le moteur de l’éducation. Nous en serions partie prenante et nous ne manquerons pas d’en parler.

Raymond Millot, Ludivine Bantigny (préface), L’éducation, un bien commun, Massot (coll. CNNR), 2021, 32 p., 5,90 €.

1– R. Millot (2013) – Ecole ouverte Recherche action société éducatrice – éd. Association française pour la lecture