Vous pouvez retrouver les cr du rassemblement à Montpellier sur la page « Le collectif se rassemble… » lorsque tous les cr seront réunis. Bientôt… Pour le moment, tout l’historique des rassemblements depuis la création des chantiers et des rassemblements de La Riposte Education depuis 2024.
Pour lancer la réflexion…
…avant le rassemblement du 28 mars 2026 à Montpellier, des documents ont été publiés en page d’accueil. Les voici regroupés ici :
DES JOURNAUX mettent en avant le scandale de la mise à l’écart des élèves pauvres :
- Le Midi Libre du 23/11/2025 : « Échec scolaire chez les élèves issus de la grande pauvreté : comment l’ascenseur social s’est cassé en France au fil des années. »
- Le Midi Libre le même jour : « Inégalités scolaires : Notre système éducatif n’a jamais été conçu pour faire réussir tous les élèves mais pour sélectionner les meilleurs » sur abonnement.
- Le Monde du 10/02/2026 : « Pendant six ans, l’association ATD Quart Monde, associée à des syndicats, des mouvements pédagogiques et des fédérations de parents d’élèves, a mené avec 12 classes d’écoles primaires une recherche participative baptisée « Cipes » pour « choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation ». L’idée était de croiser les regards de chercheurs, d’enseignants et de militants ayant l’expérience de la grande pauvreté pour étudier l’accumulation des mécanismes d’exclusion scolaire. Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde, en tire des préconisations pour mieux prendre en compte la grande pauvreté à l’école et souhaite diffuser cette recherche dans d’autres établissements, afin de lutter contre l’orientation « ordinaire » dans les filières hors cursus scolaire des enfants issus de familles pauvres. »
LE DOSSIER : « Ecole et pauvreté » des Cahiers pédagogiques numéro 603 de janvier 2026 avec entre autres, le témoignage d’un acteur de terrain : « Entendre enfin ceux qu’on ne voit pas », un témoignage de Nicolas Séradin, CPE en collège Rep+,
- par engagement auprès d’un public scolaire pauvre de milieu populaire,
- après sa lecture du rapport « Grande pauvreté et réussite scolaire » de 2015, par Jean-Paul Delahaye, ancien inspecteur Général de l’Education nationale (DGESCO). Il sera l’un des intervenants du rassemblement de Montpellier.
Le livre de 2005, du sociologue Stéphane Beaud « 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire. » « 80 % d’une génération au bac » : ce mot d’ordre, lancé en 1985 comme objectif de l’enseignement secondaire français, fait l’objet d’un consensus politique, satisfaisant le progressisme de la gauche enseignante et le pragmatisme des gouvernements qui ont vu là un moyen de juguler le chômage de masse des jeunes. Ce slogan a nourri les espoirs d’une possible promotion sociale pour les enfants de familles populaires, en particulier immigrées, dans un contexte d’insécurité économique et sociale croissante. » Lire sur le site des Editions de la Découverte. Le thème de ce livre rejoint les propos du sociologue Choukri Ben Ayed ci-dessous :
LE PDF DU SOCIOLOGUE Choukri Ben Ayed, de l’université de Limoges. « Les classes populaires et l’école aujourd’hui : une réconciliation impossible ? » Extraits : « Le rapport des élèves de classes populaires à l’école apparaît dans l’histoire scolaire comme marqué par un ensemble de mésententes, de contradictions, sur fond de rapports de domination. Comprendre aujourd’hui ce rapport, c’est ainsi le situer dans une certaine historicité. Celle-ci renvoie aux conditions de leur entrée massive dans l’école républicaine au cours de la IIIe République. En dépit des professions de foi égalitaristes, celle-ci n’était pas mue par une volonté politique de démocratisation mais davantage par une logique « civilisationnelle », concomitante de la constitution de l’État nation. Dès lors ; les élèves de milieux populaires ont toujours épousé la figure des « surnuméraires » au sein de l’école française, scolarisés dans des enseignements dépréciés ne conduisant qu’à des orientations scolaires courtes. »
- Puis il y a eu des ouvertures avec des lois scolaires : lendemain de la seconde guerre mondiale, collège dit unique dans les années 80. « Cependant cette démocratisation, ou plutôt cette massification du système d’enseignement, s’est avérée à double tranchant. L’unification du système d’enseignement ne fut en effet que formelle. Elle n’a nullement empêché que se reproduisent en son sein, par le jeu des options, des filières plus ou moins étanches pour certaines prestigieuses, desquelles les élèves de classes populaires sont massivement exclus. »
- En fait, se dévoile une double ségrégation pour les élèves de milieu populaire : ségrégation dans les parcours et ségrégation spatiale. » Lire le pdf ici.
On peut poser indirectement la question de l’assignation à son milieu (cf. Bourdieu), avec l’écrivaine Aurélie Valognes dans « L’Envol ». Fayard, 2023. Roman dit-elle, à 95 % autobiographique. Deux narratrices, Lili, et sa mère, mère célibataire qui a arrêté ses études à la cinquième et travaille dur dans un Ehpad. Un milieu d’origine populaire pour une élève qui va réussir (réussir ?) : boursière (y a-t-il tant que ça ? Combien d’enfants d’ouvriers actuellement en prépa ? Voir…)Lire un résumé sur le site de l’auteure.
- Lili au lycée, refuse de croire les « balivernes » de son prof de SES : quoi Bourdieu ? Car comme sa mère, elle croit : « quand on veut, on peut ». Et elle y croit ! Alors, boursière, elle travaillera dur à s’y user la santé, pour passer le bac puis préparer contre toutes les prévisions de ses professeurs de classes prépa, les concours de grandes écoles ; et enfin finir mais en alternance, – par manque d’argent, donc pour vite travailler en stage -, dans une grande école commerciale. Entre-temps et dès le début de ses études en prépa, elle découvre vite son invisibilité qui la distingue des autres de milieu favorisé : les vêtements, le langage, les cours particuliers en mathématiques et les séjours linguistiques pour se préparer avant la prépa ! Quel retard à rattraper ! Et tout ça coûte de l’argent dans un Système éducatif que sa mère croyait gratuit… oui, en cinquième !
- Mais le pire, ce sont les propos de ses congénères : « Et tes parents, ils font quoi ? j’ai toujours répondu sans détour […] « Ma mère ? Auxiliaire de vie. » Mais combien se sont retournés, ont fait volte-face et ne m’ont plus adressé la parole de l’année ? Le sentiment mitigé se révélait rapidement réciproque. Et puis, il y en a eu un plus direct que les autres. Moins hypocrite ou plus idiot, voire méchant, qui a lâché : Ah, donc toi, tu es une transfuge ? Une quoi ? ai-je dit ? Tes parents sont personne, quoi ! » P.190
- On peut aussi, dans ce roman, poser cette autre question d’importance, de la représentation qu’ont les parents de milieux populaires, de l’Ecole. Et tous les enseignants de la maternelle au lycée, s’ils y sont attentifs, peuvent témoigner que les parents de milieu populaire attendent tout de l’Ecole : « Ma mère a toujours respecté l’institution scolaire. Même si elle n’en garde que de mauvais souvenirs. Elle ira toujours dans le sens de l’enseignant, du directeur. « L’Ecole, c’est sacré, c’est important. Et à eux, les maîtres, on leur doit le respect. Mais l’Ecole l’a-t-elle respectée en retour ? Lui a-t-elle donné une chance ? Sa chance ? Je ne sais pas. » P. 218
Lire cet article de Patrick Rayou – 1er janvier 2026, sociologue et membre du CICUR, sur les rapports difficiles de ces élèves et familles avec l’Ecole. Une réflexion salutaire. Article publié sur notre site avec l’autorisation de l’auteur– 1er janvier 2026.
Un bel exemple de la reconnaissance d’un élève pauvre envers son maître d’école : la lettre d’Albert Camus le 19 novembre 1957, peu après la réception de son prix Nobel qu’il lui attribue d’abord pour l’avoir soutenu et encouragé.
« Lettre de Albert Camus, Prix Nobel, à son instituteur
Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité.
Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous.
Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur.
Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.
Je vous embrasse de toutes mes forces.
Albert Camus
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- Des témoignages sont attendus sur tous ces sujets, des contributions à nous faire parvenir par mail. Merci d’avance.
- Des contributions que l’on pourra retrouver dans la page blog, contributions comme celle de Luigi Zuccante, qui, ancien enseignant en arts plastiques, CPE, puis chef d’établissement en lycée et collège, après avoir été lui-même, élève, nous partage les observations qu’il a faites dans le secondaire, ses réflexions sur l’orientation et la reconnaissance qu’il gardera éternellement pour l’engagement de son professeur de français « Mon expérience d’élève pauvre, d’enseignant et de chef d’établissement ».
